Petit Bonhomme
À propos de l’incarnation de la fameuse domination
Cher petit bonhomme des feux de circulation
Cher petit bonhomme, je ne sais pas quel âge tu as, mais j’avoue que tu as bien accompli ton oeuvre dans la rue. Depuis qu’on t’a créé, je ne sais pas qui, tu as aidé beaucoup d’enfants, de vieillards et d’adultes à traverser la rue sans danger. Tu te rappelles de ces chiens des aveugles que tu guides encore. C’est toujours extraordinaire de voir des personnes mal voyantes traverser la rue avec comme seuls guides toi et leur chien. C’est à ce moment-là que je me rends compte de la liberté que tu as donnée à plusieurs personnes dans la rue. Je pense aussi à l’anarchie que vivent encore certaines rues dans le monde qui vont jusqu’à risquer la vie des policiers et de plus en plus de policières qui doivent diriger la circulation parce que les feux sont en panne ou bien les feux n’existent tout simplement pas. Permets-moi de t’appeler Monsieur discipline.
Les automobilistes, les piétons, les personnes en chaises roulantes te respectent en général, sauf certaines personnes délinquantes qui te défient jusqu’à causer des accidents. Seulement, mon petit bonhomme, je pense que la personne qui t’a créé n’appartient plus à ce siècle car, vois-tu, les choses ont beaucoup changé. J’ai tendance à croire que lorsque tu as été créé il y avait plus d’hommes qui fréquentaient les rues, tu me corrigeras si je me trompe. Ces hommes étaient plus nombreux à aller travailler. C’est aussi eux qui concevaient des personnes comme toi. Tu vois, mon petit bonhomme, ce que je veux te dire c’est que je pense que même si tu n’as jamais changé, comme tout le monde, tu dois avoir vieilli tout de même; c’est-à-dire que le visage de la société a changé, mais toi tu n’as pas suivi. Je pense que c’est le temps que tu prennes ta retraite ou que tu te fasses une autre image. Santa Claus ou le Père Noël a lui résolu son problème. Il s’est marié avec la Mère Noël qui depuis fait le même travail que lui. Elle n’a pas encore le même salaire que Santa, mais il y a des personnes qui luttent pour qu’elle y arrive. Il existe aussi maintenant des Santa et des Mères Noël dans toutes les races du monde.
Je sais que les nouveaux Santa et les nouvelles Mères Noël n’aiment pas qu’on les associe à l’argent. En tout cas, Santa a changé lui. Santa, aux dernières nouvelles, subissait une pression sociale pour qu’il y ait des enfants pour le représenter; ça s’en vient ça aussi. La statue de Jésus et celle de sa mère la Sainte Vierge ont aussi changé, on les trouve dans toutes les couleurs et races du monde. Mon petit bonhomme, je n’ai rien contre toi, ni du fait que tu sois un homme avec la couleur blanche. Mais, tu sais, cette image dominante là nous a écrasé depuis la nuit des temps.
Ta tête aussi ne fait pas chic. Aujourd’hui, on va au salon et on traite ses cheveux. Si tu as une calvitie que tu caches, ça aussi ça se soigne. Si ta coiffure à la Manu Dibango est culturelle par exemple, tu pourras la garder comme Santa a gardé sa barbe et ses cheveux blancs. De plus, j’ai hâte de savoir si les enfants qui vont jouer ton rôle auront eux aussi une barbe. Tu es certainement au courant des changements de la société. Tu te rappelles de madame Thatcher, madame Campbell, madame Clinton, des femmes que tu as aidées à traverser la rue. Et à Johannesburg tu as aidé Mandella à traverser sa rue pour aller voter et bien avant cela tu aidais sa femme à traverser les rues dans la nuit. Le monde a changé mon petit bonhomme. Il reste des choses à faire bien sûr, mais je crois que pour l’image ça change. En tout cas, c’est une des premières lettres que tu vas recevoir et qui va te permettre de voir que toi aussi tu as plein de cheveux gris sur ta tête même si tu les rases et que tes os commencent à être fragiles.
Je t’entends déjà me dire : “Enfin, une personne qui pense à réveiller les dirigeant-e-s des villes pour leur rappeler que le temps est venu pour ma retraite.” J’espère petit bonhomme que tu as accumulé assez de REÉR; pas les rires avec tes dents, mais de l’argent en banque pour aller te reposer sur les plages de la Floride, d’Afrique, d’Asie, des Antilles ou d’ailleurs. Sinon, tu vas faire comme la majorité des personnes de ton âge. Tu vas trouver un trou pour finir ta vie. Ne t’excuse pas en me disant que tu es un androïde ou un robot, je pense que c’est le prochain personnage qui a besoin de changement. Je ne pense pas, petit bonhomme, que tu doive t’inquiéter pour ta retraite. Je crois quand même qu’avec tout ce travail que tu as accompli pour la société, si tu décides de prendre ta retraite et de laisser la chance à la ville de préparer une représentation équitable de la société sur les feux de circulation dans le futur, j’ose espérer qu’une personne de bonne volonté te donnera 1% de son REÉR. J’espère que tu ne penses pas que ça fait beaucoup de rire aux éclats à bouche, que veux-tu mon petit bonhomme.
Non, c’est 1% du régime enregistré d’épargne retraite de quelqu’un qui a accumulé 1 million depuis quelques années. Ce sera plutôt un petit appartement convenable dans une maison de retraite avec des ami-e-s qui égayeront tes journées. Mon petit bonhomme, voici comment je vois ton remplacement : 50% de femmes et 50% d’hommes sur la totalité des feux, habillés en tenues de notre siècle. Ça pendra un comité pour le décider. Majacquie
LES FRAN ET LES ÇAIS
Suis-je une Fran ou une Çais? À toi d’en juger.
Le but de cet article n’est pas de mettre de l’huile sur le feu de la chicane sur la langue.Je voulais uniquement ajouter un clin d’œil!
La famille Fran et la famille Çais vivent à TOMMCEWC ( Toronto, Ottawa, Montréal, Moncton, Calgary, Edmonton, Wellington, Charlottetown) depuis toujours. Les deux familles se battent pour la survie de la francophonie. Mais, quoiqu’elles défendent une même cause, le moyen qu’emploie l’une est l’antithèse de celui qu’emploie l’autre. Chez les Fran de toutes les générations, on se marie avec des francophones. Se marier avec un ou une anglophone est presqu’un péché mortel. Si un Fran doit absolument le faire, il est obligé de signer le grand cahier et de jurer, devant tous les Fran, que le français sera la seule langue chez eux et qu’il ou elle francisera culturellement, psychologiquement et psychiquement son ou sa bien-aimé-e dans les six mois après le mariage. Si non, il y a des conséquences coercitives du livre de mesures disciplinaires et administratives.
Les enfants Fran sont inscrits dans des écoles françaises, jamais dans des écoles anglaises. À l’école, les enfants Fran ne parlent jamais anglais dans la cour de récréation, où la plupart des autres enfants parlent anglais. Les Fran apprennent d’autres langues pour communiquer avec les étrangers, mais jamais pour communiquer entre eux.
Les Fran vont uniquement dans des églises françaises, écoutent la télévision et la radio françaises, ne lisent que des livres français. Ils ne participent qu’aux activités culturelles françaises dans leur ville (cinéma, théâtre, danse...).
Avant, les Fran ne travaillaient que dans des institutions francophones, mais, avec la conjoncture actuelle et la rareté des emplois, les Fran occupent maintenant quelques emplois dans des institutions anglophones. Ils sont ainsi obligés de parler anglais, mais ils gardent leur accent fran. Ils ont d’ailleurs un rituel à la sortie du travail : Tu renverses la langue, tu te rinces la bouche deux fois avec de l’eau et un rince-bouche puissant, et tu répètes dix fois : J’aime le français et j’ai hâte de le parler chez moi et dans ma communauté. Avant d’entrer chez eux, ils répètent le rituel.
Chez les Fran, on n’utilise jamais d’anglicismes lorsqu’on parle français. On cherche le mot en décrivant ce que l’on désire nommer et tous les autres Fran se mettent de la partie pour trouver le meilleur mot français.
Sur le plan financier, les Fran ne magasinent que dans des institutions francophones. Ils écrivent leurs chèques en français seulement.
Dès qu’un Fran est mal servi dans une institution à cause de sa langue, les 150 000 Fran de TOMMCEW inondent l’institution de plusieurs télécopies de protestation.
Quand on est malade chez les Fran, on s’assure de se faire servir dans un hôpital où il y a un médecin francophone.
Chaque année, diverses institutions anglophones qui ne massacrent pas le Français reçoivent des lettres de félicitations des Fran de leur ville.
Dans les villes ou le français est minoritaire, les relations entre la police et les Fran se sont beaucoup améliorées depuis le début de l’embauche de francophones au sein du corps policier. Chaque mois, au moins une contravention d’un Fran est annulée à cause de la langue.
Les Fran de ces villes minoritaires françaises pensent que, grâce à leur action, plusieurs francophones ont été embauchés dans des institutions qui offrent un service au public.
Sur le plan social, dans toutes les villes TOMMCEW il y a des Fran dans toutes les couches sociales. Il y a des Fran riches et des Fran pauvres.
Chez les Fran, le mot d’ordre, c’est de vivre en harmonie avec les Anglais, mais de ne jamais se laisser écraser les orteils ou marcher sur les pieds. Les relations avec les Çais sont fraternelles et politiquement correctes. La cohésion familiale chez les Fran est surprenante et c’est elle qui fait de cette famille l’une des plus unies de leur ville.
Les Çais sont plus intelligents et intelligentes que les Fran, dit-on. Les Fran sont surtout des commerçants alors que les Çais sont de grands diplômés des universités. Les Fran les appellent Ales longs crayons. Les Çais sont eux aussi présents dans toutes les couches sociales. Les Çais occupent surtout des emplois bilingues dans la haute fonction publique fédérale et provinciale des villes TOMMCEW.
Chez les Çais, on inscrit son enfant à l’école anglaise et on fréquente l’église de son quartier. Les Çais font presque le contraire des Fran. Ils ont développé de bons arguments pour contrecarrer les attaques des Fran.
Les Çais se moquent souvent de ce Fran qui avait attendu huit heures pour acheter un timbre au bureau de poste. L’agent ne parlant pas français, le Fran ne voulait pas expliquer ou montrer du doigt ce qu’il voulait acheter. Il ne faisait que respecter les règlements des Fran. Bien sûr que l’agent anglophone tenait à son anglais lui. L’agent a donc dû attendre le retour du maître des postes. Pendant ce temps, le Fran attendait sur place. Il a été chanceux, disent souvent les Çais, que l’agent n’ait pas fait venir un policier. Ha! ha! ha! Rient-ils souvent.
Pour les Çais, vivre en français est une question de choix et les mesures coercitives des Fran ne marchent pas. Chez les Çais, on ne parle pas des ravages de l’assimilation. C’est un argument que les Fran utilisent pour fouetter verbalement les Çais. Les Çais s’en contre fichent. Ils croient qu’il ne faut pas forcer les gens. Ils pensent aussi que l’assimilation n’assimilent que les morveux. Selon eux, chaque famille doit être libre de choisir. Chez les Çais, évidemment, tout doit être régi par l’activité économique et politique.
Les Fran ont tous une équipe spécialement formée pour intervenir auprès des gouvernements pour l’avancement du fait français dans leur ville et dans d’autres villes à travers le pays. Pour les Çais, cette action est une forme de harcèlement des politiciens. Ils croient qu’il faut laisser ceux-ci faire leur travail.
À Toronto, Ottawa, Montréal, Moncton, Calgary, Edmonton, Winnipeg, depuis quelques années il y a de nouvelles souches des deux familles qui viennent d’ailleurs et parlent avec plusieurs accents. Il y a des immigrants et immigrantes Fran et Çais avec un accent aigu, un accent grave et un accent circonflexe sur le a des Fran et celui des Çais. Les Fran et les Çais les acceptent car la seule différence entre eux, ce sont les accents et quelquefois la couleur de la peau. Toutefois, cette acceptation ne s’est pas faite tout d’un coup. Il y a d’abord eu des déchirements, mais tout est rentré dans l’ordre dans certaines villes et commence à rentrer dans l’ordre dans d’autres. Le déficit dû à la dénatalité a forcé certains marginaux des deux communautés qui pratiquaient le racisme à se résigner et s’efforcer à vite mettre dans leur rang ces nouveaux Fran et Çais que les Anglophones depuis la nuit des temps renflouaient dans leur clan.
Ces nouvelles souches dans chacune des deux familles étaient aussi des Fran ou des Çais dans leur pays d’origine. Les Fran et les Çais de Toronto, Ottawa, Montréal, Moncton, Calgary, Edmonton, Winnipeg ont alors appris qu’il y a, sur leur continent, des Fran et des Çais. Chaque nouvel arrivant francophone de toutes ces villes s’intègre ainsi, selon ses convictions, à l’une ou l’autre des deux familles. Il demeure ou devient Fran ou Çais, ou encore change tout simplement de camp.
Les Çais croient que les Fran sont des extrémistes et des marginaux bornés et bouchés qui martyrisent les gens avec leurs manières de faire millénaires. Pour eux, vivre en français - langue et culture - est une question de choix.
Les Fran croient que L’ANGE LE PLUS ÉCRASÉ ACTUELLEMENT À TORONTO, OTTAWA, MONTRÉAL, MONCTON, CALGARY, EDMONTON, WINNIPEG, C’EST LA LANGUE FRANÇAISE. ILS CROIENT AUSSI QUE LES ÇAIS OUVRENT LA PORTE POUR EN FINIR AVEC CET ANGE. C’est pour cela qu’ils doivent adopter des comportements fermes pour survivre en français dans leur ville.
JE SUIS UNE FRAN DEPUIS MON CAMEROUN NATAL. JE DEMEURE FRAN DANS MON CANADA D’ACCUEIL.
Et toi?
Qui es-tu un Fran? un Çais ? les deux? Ou rien du tout!
Qu’en penses-tu?
Majacquie
Vive la liberté!
Je m’appelle Amadou, je viens d’Afrique et je vis au Canada depuis 15 ans. Je suis traducteur pour le gouvernement fédéral. Au bureau, tout le monde dit que j’ai été embauché parce que je suis de race noire. Moi je m’en fiche; en tout cas, j’ai un emploi et je sais que je suis compétent. Je l’ai prouvé et c’est ça qui compte. Le mari de la femme qui est assise à une même table que moi au bureau, semble-t-il, a perdu son emploi pour que je sois embauché à cause de la loi qui oblige le gouvernement à embaucher les minorités raciales. C’est ça qu’on me chante pour m’écoeurer. Quelquefois je pense que c’est du racisme. Mais moi ce n’est pas dans mes habitudes de crier au racisme.
Louise, la femme qui est assise à la même table que moi dont le mari a été licencié à cause de moi, me dit-on, est ma superviseure.
Devinez ce que je vis tous les jours. Vous me comprendrez si je vous dis que je n’aime pas les femmes au pouvoir. Je sais qu’elles ne sont pas toute pareilles, mais moi ce que je vis me ferme les yeux et je vois ma superviseure dans toutes les femmes. Alors je les hais. On pourra me traiter de sexiste. Je pense que je le suis devenu et je me déteste de l’être.
Eh oui! c’est comme ça que commence cette maladie du sexisme ou du racisme. Un problème qu’on vit, qu’on voit, une fois, deux fois, ça gonfle, on le néglige et il nous emporte dans la maladie du sexisme, du racisme et des stéréotypes.
Je me console parce que, m’a-t-on dit, ma boss qui me boss tout le temps était aussi la boss de son mari, le pauvre. Il semble que cet homme vivait le même enfer que moi, mais d’une autre façon. Luc, le mari de ma superviseure, est depuis quelque temps traducteur chez une avocate de race noire. Le chanceux, il a quitté cet enfer que j’ai récolté.
Louise, ma superviseure, m’a dit la semaine dernière qu’elle a trouvé son mari sur le tapis en train de faire l’exercice que les couples mariés depuis plus sept ans appelle la job du samedi soir. Oui, elle a trouvé son mari en pleine action avec sa nouvelle patronne dans le bureau de celle-ci.
J’ai appris l’histoire en faisant des heures supplémentaires à 7 heures 30 du soir. Vous ne devinerez jamais ce que j’avais eu comme journée de travail. Ce jour-là mes amis, j’étais au bureau depuis 7 heures 30 du matin et à 19 heures 30 je devais consoler Madame qui m’a fait languir toute la journée. J’ai corrigé je ne sais Combien de fois les mêmes phrases.
Mais moi, mes amis, il n’y a personne pour écouter mon problème. Je ne sais même pas quel est mon problème. Une chance que je suis venu pleurer devant vous tous. Ce que je vis, vous au moins allez m’écouter et me comprendre. J’espère que je ne vais pas polluer vos augustes cerveaux, écologie oblige. Moi, Amadou, je suis au Canada depuis 15 ans. J’étais quand même content quand j’ai eu cet emploi. J’ai écrit à ma mère de me trouver une belle femme noire du pays qui parle mon autre langue maternelle. Je suis bilingue dans la langue maternelle. Je pense que tu le sais.
En tout cas, je voulais une belle fille mince avec des seins pointus comme mon père savait si bien les décrire. Je voulais avoir la reine de mes rêves. Je ne suis pas raciste moi. Mais écoute, cette femme que j’avais dans ma tête était noire. J’essaie depuis de la rendre universelle, mais je n’y arrive pas.
Une belle femme qui pourrait concurrencer Louise, ma superviseure, avec toutes ses rondeurs et parce qu’elle profite de tout pour m’écraser, moi le Prince de ma mère qui n’a jamais lavé aucune vaisselle. Je rêvais des soirées des parties de bureau où je ferais un taba avec ma belle gazelle africaine pour clouer le bec de Louise pour un temps en tout cas.
Une belle des belles que je pourrais dominer, par exemple. Avec une femme qui vient fraîchement d’Afrique, j’étais sûr qu’elle serait soumise. Je pensais que j’aurais enfin une personne sous ma botte à la maison. Bingo, mon voeu fût exhaussé! Ma mère m’a choisi une belle gazelle africaine et me l’a envoyée. Elle était comme je l’avais imaginé : vierge, féconde, séduisante et surtout obéissante. Mes demandes étaient des ordres pour elle.
Aïssatou est à la maison depuis trois ans et nous avons trois enfants. J’ai eu trois bonnes années avec elle, car elle est devenue enceinte dès notre première job du samedi. Ah! notre job est quotidienne, même que quelquefois c’est deux ou trois fois dans la même journée ou la soirée, selon l’humeur de ma superviseure au bureau.
Je me suis gavé de sexe mes amis pour gérer mon stress du bureau. Nous avons décidé de faire nos trois enfants et j’ai promis à Aïssatou de l’aider à se trouver un travail. Elle n’est presque pas sortie de la maison. Même pour les fameux Aparties@ de bureau. Ça allait quoi.
Mon ami, après le troisième enfant, elle a repris sa taille de 15 ans. Je l’ai emmenée au party de bureau de Noël. Elle a fait le plus grand taba du siècle. Tout le monde la voulait, même le grand patron qui est venu d’Ottawa.
C’est depuis cette soirée que je vis un enfer. Vu sa popularité, ma superviseure s’est liée d’amitié avec elle et a décidé de parfaire son éducation canadienne. Elle l’appelle à la maison pour lui parler à l’heure de midi. Eh oui! la suite c’est que je suis perdu. Je ne sais plus où mettre de la tête. J’ai besoin de conseils.
Aïssatou passe toute sa journée à la maison, elle ne travaille pas comme moi. Je suis sûr qu’elle se taille les ongles et regarde les feuilletons américains qui lui remplissent la tête toute la journée. Quand j’arrive du travail tout épuisé, elle ne me demande même pas comment était ma journée, comme elle le faisait avant. Elle n’enlève plus mes souliers, elle ne s’assoit plus pour me regarder manger quand j’arrive tard... Elle veut que je partage 50/50 les tâches de la maison. Elle veut que je lave les gosses, que je fasse le ménage... Comme ça, elle peut lire et se préparer pour retourner à l’école ou trouver un travail. Tu sais, après m’être tapé une femme au bureau, celle de la maison je la veux coopérante et soumise.
Mon ami, dans tout ça, j’ai commencé à boire et j’ai battu Aïssatou. J’espérais qu’elle appelle la police et qu’on me mette en prison pour que je me repose enfin. Mais non, elle est allée vivre avec ma superviseure dont le mari a lui aussi quitté la maison. Lui au moins est allé chez l’avocate, mais moi je suis seul. Dans ma tête, les critères de ma Princesse ont changé...
Avant d’aller boire et battre ma femme, j’ai encore eu une des journées les plus rocambolesques. Avant de sortir du bureau, ma superviseure m’a dit qu’elle m’aimait et qu’elle voulait que je lui fasse la job du samedi soir comme je l’ai souvent faite à ma femme car, d’après ce que ma femme lui a dit, je suis très performant. Ça, je venais de l’apprendre. Alors j’ai crié VICTOIRE. Enfin, je pouvais profiter de l’occasion pour me venger et lui dire : NON, va te faire foutre ailleurs et je suis sorti.
C’était ma première victoire contre cette femme depuis quatre ans. Je voulais fêter ça. Mais je ne l’ai pas fait de la bonne manière. Maintenant j’ai peur. Je ne sais pas ce qui va m’arriver demain et après-demain. J’ai pensé prendre les devants. Je pourrais accuser ma boss de harcèlement sexuel. Ah! qui va me croire? Un homme qui accuse une femme de harcèlement. Je vais être diminué. On me traitera de femmellette, moi le Prince de ma mère. Je pourrais aussi accepter ses avances. Mais non, je vais me venger comme il faut de cette femme qui me fait chier tous les jours (au moins, avec elle je ne suis jamais constipé). Il faut que je l’aie par l’usure. Tiens, je pourrais dire qu’elle est homosexuelle et qu’elle fait des avances à ma femme.
Amadou se disait toutes ces choses dans son salon. Son souper n’était pas fait comme d’habitude. Il a commandé une pizza et dès qu’il la plaça sur sa table dans son salon en désordre, il perdit l’appétit dans la maison vide. Vite, se dit-il. Je vais téléphoner pour arranger tout ça. Amadou s’écrase sur son sofa et prend le téléphone.
Tiens, se dit-il, je vais appeler ma femme.
Allô, Aïssatou!
Allô, je suis la gardienne des enfants, madame Aïssatou est partie travailler.
Où travaille-t-elle? C’est plutôt rapide ça. À peine un quelques jours qu’elle travaille déjà?
Monsieur, votre femme est parti depuis un mois déjà mais vous pouvez la rejoindre au numéro 336 6374. Vous êtes son mari?
Oui, dit-il.
Voulez-vous parler à vos enfants monsieur?
Non, j’ai des choses à régler avec leur mère avant. C’est quoi le numéro encore? 336 6374 ou Femmes-.
C’est quoi ce numéro, dit Amadou.
C’est le numéro de S.O.S. femmes immigrantes.
Ah bon! Merci madame.
Il composa tout de suite le numéro.
Allô madame, ici Amadou. Madame est-ce que je peux savoir votre nom?
Non monsieur, je vous prête mon oreille, par contre allez-y monsieur. S.O.S. femmes, j’écoute.
Tiens, c’est plutôt drôle, je pense que c’est elle.
Madame, ma femme m’a quitté pour aller vivre avec ma superviseure. Je l’ai battue et depuis je me sens seul. Je souffre, mais j’aime ma femme. Je veux m’excuser, mais elle sait aussi que c’est normal dans notre pays d’origine que je la frappe quand elle n’obéit pas.
Oui, mais vous n’êtes plus dans votre pays monsieur. Il y a des lois dans ce pays pour la violence faite aux femmes ou à qui que ce soit. Pourquoi vous a-t-elle quitté votre femme?
-Elle! Écoutez-moi madame. Je suis allé chercher cette fille-là en Afrique. Elle était toute sale et puante. Je lui ai tout montré. Elle ne savait rien faire. Depuis qu’elle a su qu’elle était belle après que je l’ai bien nettoyée, elle est devenue l’amie de ma patronne. Et les deux veulent me finir madame. C’est une fille puante que j’ai sortie d’Afrique. Je l’ai sauvée de la misère, une malpropre qui sortait de la jungle.
-Iiiiiii, dit Amadou en faisant semblant de pleurer.
-Madame, je veux ma femme, ma tigresse. Oh Canada! redonnez-moi ma petite femme et mes enfants. Ma femme pleine de puces que j’ai sortie d’Afrique toute puante qui me déçoit.
-Quoi, tu parles à cette femme puante et va au diable. Je veux le divorce, dit Aïssatou de rage.
Ø Tu veux le divorce pour t’envoyer en l’air avec ma Aboss@ je suppose?
Ø Va te faire soigner mon épais!
Ø Ton intégration linguistique se porte bien ma chère madame Aïssatou. Reviens à la maison chérie, ma gazelle, pardonne-moi. Je t’aime.
Ø