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Mardi 02 Janvier 2007

ENTRE CANADIENS

 

DE SOUCHE AFRICAINE

 

 

Durant une soirée froide de l’hiver, dans mes courageuses sorties en solo, j’ai surpris une conversation dans un restaurant chic de Montréal où je m’étais rendue siroter un café et manger une salade du chef, budget exige.  J’étais comme d’habitude en quête d’informations pour casser l’ennui du train de vie quotidien où les choses se répètent et qu’on vit en attendant je ne sais quoi.

 

Je me suis assise au coin d’une table où les convives ne peuvent s’apercevoir de ma présence que lorsqu’ils vont payer leur facture.  J’ai payé mon repas d’avance pour ne pas être dérangée par les serveurs. 

 

Une heure plus tard, trois hommes de souche africaine se sont assis dans mon coin de droite et semblaient être pressés de se retrouver.  Le premier avait un accent des Antilles, le deuxième un accent africain et le troisième un accent que je n’arrivais pas à discerner.  Tu ne devineras jamais l’effet pervers d’un accent dans un restaurant.  Comme les odeurs de nourriture aiguisent les papilles de la bouche, les accents, les tons de la voix, les mots, prédisent la suite de la journée ou de la soirée. Toutes les fantaisies sont permises. Je te laisse deviner les miennes ce soir là. 

-Une femme seule observant trois hommes d’une beauté et d’une élégance hors du commun dans un des restaurants les plus chics de la rue Sant-Denis.  J’ai dans ma tête visité les Caraïbes, l’Afrique, en vacances.     

 

J’ai vu ces hommes dans toutes les situations que tu imagines.  Bien sûr que je portais mon condom cérébral lorsque c’était des fantaisies du type S.

 

Pendant que je fantasmais, les trois hommes ont commandé une bière blonde.  Pourquoi une blonde? Me dis-je.  Je sais, tu penses qu’ils sont venus là pour en avoir une, mais non tu te trompes.  Ils avaient hâte d’échanger à toute vitesse sur des sujets qui semblaient les faire mourir.  Après les bonjours habituels, tous les trois se débarrassent de leurs manteaux, se mettent à l’aise et dans un soupir de soulagement l’accent africain brise la glace.

 

-Mes amis, comment ça va cette semaine?

 

-Moi, je peux vous dire tout de suite que cette semaine était encore plus lourde pour moi.  Ma femme, que j’ai fait venir d’Afrique, a trouvé un travail de cuisinière dans une école anglaise.  S’il vous plaît, elle est préposée aux services culinaires du département de nutrition, un titre ronflant mes amis.  Elle cuisine pour les autres et se fait payer pour ça.  Moi, mes amis, mon salaire ne suffisait plus.  Avec l’âge et ma déflation physique, je ne vaux plus grand chose.  Je ne suis plus solvable, mais je ne déclarerai pas faillite.

 

- Depuis que Madame a une job, je dois me lever le matin, préparer le déjeuner et m’assurer que les enfants sont prêts.  Pendant ce temps, Madame dort parce que, me dit-elle, la belle princesse rentre tard de son travail et elle doit dormir.  La semaine dernière quand elle a voulu qu’on partage les tâches de la maison 50/50, je l’ai juste écoutée.  Elle a tout choisi et m’a laissé des tâches que je n’ai jamais faites.

-Elle a oublié de te montrer comment les faire? répliqua quelqu’un que je n’arrivais pas à voir.

 

-Mais non!  Mes amis, quand je lui ai demandé de me donner du temps ou de me montrer comment le faire, elle n’a rien voulu savoir.  Écoutez, c’est pire que ça.  Je dois même laver et repasser le linge.  Le pire c’est qu’hier soir elle m’a demandé de faire les repas du samedi et du dimanche, car elle va commencer son bénévolat communautaire que j’ai fait moi depuis douze ans.  Là elle est allée trop loin.  Je suis devenu le bailleur de fonds principal de la maison et l’homme de ménage.  Les petits sous qu’elle va apporter, je sais qu’elle va vite les dépenser dans sa trousse de maquillage qui ne cesse de grossir.

 

Je veux divorcer et lui laisser sa marmaille d’enfants qu’elle voulait tant avoir.  Quand je le lui ai dit, elle a menacé de me laisser les enfants car elle gagne moins que moi. «  Les enfants vont rester avec leur père, » m’a-t-elle dit, « à cause de la maison, » a-t-elle insisté.  Je pensais me protéger des féministes canadiennes et québécoises en allant chercher une gazelle en Afrique.  Je pense que mon Africaine est devenue plus féministe que les filles d’ici.

 

-Prends courage Camara!

 

-Quel courage?  De quoi parles-tu Bastien?  Tu peux, toi, t’estimer heureux.  Tu as mis ton Haïtienne à la porte.  Ça va mieux non?

 

-Quoi?  Tu parles!  Tu sais, mon ami, c’est une liberté qui me coûte les yeux de la tête.  Je paie 600$ par mois à mon Haïtienne et il me reste 100$ quand j’ai payé ma chambre de 500$ et les caprices d’Augustine, ma copine que vous connaissez.  Mais, mes amis, la semaine dernière j’ai trouvé un deuxième emploi que je viens de perdre il y a deux heures.  La femme de mon patron voulait que je reste le soir jusqu’à 10 heures afin de l’aider à la comptabilité, car je venais de finir mon cours.  J’ai travaillé depuis lundi, en plus de mes  8 heures.  Tout à l’heure, elle m’a expliqué qu’elle m’a offert cet emploi pour lui rendre des services.

 

-Alors, elle m’a emmené dans leur chambre en haut, puisque son mari est toujours parti  chez sa maîtresse.   Je devais lui promettre de combler ses soirées pour 2000$ de plus par mois.  J’étais d’accord bien sûr.  Alors nous sommes montés dans sa chambre.  J’ai d’abord exigé un condom, mais elle n’en avait pas car son mari n’en utilise pas.  Alors, j’ai sorti celui que j’avais dans ma poche.  Mes amis, tout ce que je peux vous dire c’est que « mon membre n’a - pas – voulu -  fonctionner. » cria-t-il en pesant ses mots.  Je l’ai supplié de se réveiller.  J’ai tout fait, rien à faire.  Vous connaissez ces moments où il vous lâche (tous les trois se mirent à rire).  Alors, j’ai eu 100$, rien de plus.  Me voilà sans rien pour arrondir mes fins de mois.  Une chance que le grand patron n’était pas au courant de tout ça.  J’aurais même perdu mon emploi.

 

-Et toi, Pierre, nous avons hâte d’avoir de tes nouvelles.

 

-Je découvrais leurs noms en même temps que quelqu’un les nommait.  Je sus également que c’était Pierre parce qu’il se leva en larmes et se dirigea vers les toilettes.  Je les suis, mais ne peux rien comprendre de tout ce qu’ils se disent.  Je fais venir mon complice, un serveur du restaurant.  Je lui donne les 20$ habituels pour les nouvelles.  Il le fait pour moi, car il sait que j’écris pour dénoncer des situations dans les revues.  C’est ce que je lui ai dit.  Quelques minutes plus tard, le serveur revient avec un oeil bandé.

 

-Ils m’ont battu madame, me dit-il.  Je suis puni, mais j’accepte ce martyre pour sauver ma génération.  Il y a 48% d’hommes dans ce pays et 52% de femmes.  Il est grand temps que la minorité défende ses droits.

 

Il me dit au revoir et me jette un morceau de papier sur la table.  Je ne peux le ramasser, car un homme de souche africaine, grand comme les joueurs de basketball me l’arrache des mains. 

 

Violence! Dis-je dans ma tête. Mais consciente de la boue dans laquelle ces homme nagent je me suis sauvée..

 

Hélas!  Je n’ai jamais pu savoir pourquoi Pierre pleurait?

 

Quand je rentre bredouille chez moi, mon cerveau grouille.  Voyons un peu les hypothèses de la si soudaine déchirure qui accablerait un homme de souche africaine du Québec, dans le début de sa quarantaine, un immigrant, fils ou petit fils d’immigrant  de souche africaine?.  Peut-être un Canadien de souche, que sais-je?  À vos marques, prêts, prêtes, partez!

 

-Il a le SIDA?

 

-Sa femme l’a quitté?

 

-La banque a saisi sa carte de crédit?

 

-Il a gagné à la loterie et il pleure de joie?

 

-Il a perdu son emploi?

 

-Un de ses parents est mort dans son pays natal et il n’a pas d’argent pour aller l’enterrer?

 

-Au travail c’est grave

 

-Sa fille n’arrive pas à se trouver un ami

 

-Son membre est trop petit et sa nouvelle blonde de race blanche l’a rejeté

 

-Il a reçu une lettre de déportation

 

Et quoi encore?  Hypothèses, hypothèses et hypothèses.  Voici un bon sujet de recherche pour toi qui prépare ton nième doctorat dans ces années de disette généralisée.

 

Majacquie

 

publié par majacquie dans: majacquie
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